Gratuité des transports, une solution inefficace pour réduire l’usage de la voiture

Dans le cadre de sa réflexion sur le financement de la mobilité, La Fabrique de la Cité accueillait mercredi 14 novembre Jean Coldefy, expert indépendant et directeur du programme Mobilité 3.0 d’ITS France, auteur d’un article sur la question de la gratuité des transports en commun, qui fait l’objet de nombreuses réflexions au sein des collectivités territoriales à l’heure actuelle.

Certains responsables politiques estiment ainsi que la gratuité des transports en commun inciterait les usagers à délaisser leur véhicule personnel pour emprunter les transports afin de se rendre, par exemple, sur leur lieu de travail. Une solution inefficace selon Jean Coldefy. Pour étayer sa réflexion, il s’appuie notamment sur des chiffres éloquents. En France, les trois-quarts des personnes prennent la voiture pour aller travailler ; 11 % seulement prennent les transports en commun. Et pour cause : alors que l’on assiste à une concentration des emplois dans les aires urbaines tandis que les prix des logements dans les grandes agglomérations ont explosé depuis vingt ans, augmentant de fait les distances domicile/travail, l’offre de transport n’est plus du tout adaptée aux besoins des usagers.



En effet, plus l’on s’éloigne des centres-villes, plus les alternatives à l’usage de la voiture diminuent. A Paris, on constate ainsi un déficit de l’offre de transports en commun en deuxième périphérie, poussant les gens à prendre leur voiture pour se rendre au travail. Ce qui pose cette question : les usagers veulent-ils des transports gratuits ou plus de transports répondant mieux à leurs besoins ? Aujourd’hui, l’usager des transports en commun dans l’Hexagone ne paye que 25 % de leurs coûts d’exploitation, contre 70 % en 1975. Pour Jean Coldefy, c’est un réel problème puisque « le financement public des transports en commun est à bout de souffle ».

De fait, la gratuité des transports en commun ne ferait que creuser un peu plus ce déficit et devrait obligatoirement être compensée par l’impôt. L’expérience lyonnaise le prouve : les usagers sont prêts à utiliser massivement des solutions efficaces, même si elles sont payantes. A Lyon, un milliard d’euros est investi à chaque mandat dans les transports en commun lourds, 800 kilomètres de pistes cyclables ont été réalisées avec l’objectif d’atteindre les 1000 kilomètres en 2020, et des milliers d’arceaux vélos ont été posés. Résultat ? Une diminution de 20 % du trafic automobile en dix ans et un trafic vélo multiplié par six en quinze ans.



Déjà expérimentée dans des grandes villes américaines (Denver, Austin, Portland), la gratuité des transports en commun n’a pas tenu la distance. Le financement du développement des réseaux en a terriblement pâti tandis que la qualité de service a baissé et que les incivilités se sont multipliées. Dans le même temps, cela n’a eu aucun effet sur la réduction du trafic automobile. Ces villes sont donc rapidement revenues à une tarification adaptée.

Et c’est sans doute là que se trouve l’une des principales pistes de réflexion : adopter une tarification à l’usage permettrait déjà de désengorger des transports en commun surchargés en poussant ceux qui les empruntent pour une ou deux stations à redevenir piétons. Dans le même temps, il est indispensable de mieux aménager les espaces, en particulier en ce qui concerne les voies réservées et les parcs relais, et de mettre en place un pass tous modes de transports qui permettrait de tarifer la mobilité selon les usages de chacun (covoiturage, TER/transilien, car express, vélo en libre-service, transports en commun urbains). Seule cette tarification personnalisée, couplée à la mise en place de péages urbains pour les usagers de la voiture, permettra de financer un système complet, fiable et écologique de mobilité pour diminuer significativement le trafic.

Retrouvez l'intégralité du point de vue de Jean Coldefy ici.

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